L’ENSEIGNEMENT DE LA MUSIQUE TRADITIONNELLE EN IRAN ENTRE FERMETURE ET ECLATEMENT

(Projet de communication, Alger, 19 décembre 2018),1/2

1. UNE SOCIETE FERMEE
Dès l’avènement de la République Islamique (1979), la société s’est fermée aux musiques venues de l’étranger comme de l’intérieur, y compris les musiques traditionnelles. Cette fermeture toucha les salles de concert, les universités et les écoles de musique.
Très vite, le verrou a sauté. Le clergé shiite, sous l’égide de l’Imam Khomeyni, a ressenti le besoin de musique pour accompagner la geste révolutionnaire. En 1988, il a statué en faveur de la reconnaissance d’une musique bonne pour les mœurs (la musique classique iranienne) et d’une musique condamnable (la musique de variété internationale).

2. LES STRATEGIES D’OUVERTURE
Sous la contrainte d’exercer la musique dite traditionnelle ou de renoncer à son statut de musicien, il y a eu un déplacement de la définition de la tradition comme genre sinon les vocations manquaient. Parallèlement à ce déplacement qui fut préjudiciable à la tradition musicale, une autre évolution fut la conséquence directe de cette fatwa. En reconnaissant pour la première fois la vertu sociale possible d’une certaine musique, on en fit un métier. Traditionnellement, l’enseignant occupait une position dans la société par un autre métier et dispensait ses connaissances d’une manière si ce n’est ésotérique, du moins privée.

3. UNE SOCIETE ECLATEE
Cet éclatement de la sphère privée représenta à tous les échelons de la société. Les écoles des grands maîtres sortirent de la sphère familiale, des associations prirent pignon sur rue, les départements de musicologie s’ouvrirent à la pratique, les femmes y trouvèrent une possibilité de revenues en période de crise. Mais cet éclatement ne contribue en rien à faire bouger les mentalités.
Le statut du musicien est toujours aussi mal perçu (sauf si bien médiatisé et bien rémunéré), bien que la musique soit aimée en tant que telle. A preuve, son enseignement scolaire n’a toujours pas éclos, alors que le dessin (tout aussi condamné par la sharia) est une activité valorisée dès les petites classes. Sociologiquement, le musicien, même si devenu enseignant à part entière, pâtit du même tabou que sous le régime précédent. Preuve que la théologie n’avait rien à faire dans ce blocage…

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