Présentation des travaux soutenus par la SFE (Société Française de l’Ethnomusicologie)

J’ai fait une présentation de mon livre: (Le santur persan)

Cet ouvrage est le fruit des réflexions d’un praticien du santur, menées au jour le jour depuis près de 30 ans. Il s’appuie sur mon expérience musicale d’une part, sur des documents écrits d’une autre, comme sur des discussions avec des musiciens de différents horizons. Mon attention s’est aussi fixée sur l’histoire de l’enseignement de cette pratique en revenant sur la personnalité et les méthodes des maîtres de cette discipline. Une place a aussi été accordée à l’apprentissage qu’on peut classer en deux groupes selon que l’enseignant se sert de partitions ou non. Ma pratique personnelle de l’instrument sert aussi parfois de référence.

Cette auto-observation ne m’a pas été inutile pour comprendre comment la personnalité de chacun intervient dans ce qu’il est convenu plutôt d’appeler la transmission d’une musique savante que d’une musique traditionnelle. Le résultat de cette enquête, en partie érudite, en partie expérimentale, débouche sur une nouvelle classification. Vous aurez bien compris que plus qu’à de l’ethnomusicologie, j’introduis ici à la sociomusicologie du monde iranien.

L’ethnologie a pour a priori que la transmission de ce qu’elle appelle un « ethnosavoir » se perpétue au sein de ce qu’elle tient pour un « corporate group ». Cette définition me semble inopérante concernant le monde iranien urbain, et pertinente uniquement pour les zones tribales (bakhtyari, baloutches, kurdes, etc…). Par monde urbain, je n’entends pas un épiphénomène moderne, car n’oublions pas que l’organisation en cités et la classification du savoir comme savant sont des notions très anciennes au Moyen-Orient.

La sociomusicologie ouvre à une lecture plus fine de la musique dans le monde iranien, c’est pour cela que j’ai retenu cette méthode dans ma monographie. Dernière précision : le santur est un instrument qui se joue sur caisse. Cette disposition montre qu’il est un instrument sédentaire. Et, autour d’une telle contrainte matérielle, c’est une sociabilité urbaine qui s’est organisée, depuis l’appréciation de sa sonorité jusqu’à l’éthique de sa diffusion qui ne répond à aucune pression clanique ou de spécialisation. Elle fait de ses praticiens, comme de ses auditeurs, des gens catalogués : savants, car appartenant à l’élite urbaine, par opposition au commun.

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