maqâm, dastgâh, âvâz et radif

Dans la musique de l’Iran, les termes de dastgâh et âvâz remplacent le terme de maqâm, mot arabe communément encore employé pour désigner un système modal dans les musiques du bassin méditerranéen et de la Caspienne ; comment et quand la musique iranienne a-t-elle commencé à se distinguer ? La réponse n’est pas simple et les avis divergent.
Le terme de dastgâh semble avoir été employé pour la première fois dans
le livre de Forsat Shirâzi (1852-1920) Bohûr ol-Alhân. Sans doute l’idée d’un système de dastgâh a commencé à naître à l’époque des Séfévides, mûri lentement pour finalement aboutir durant le règne Nâser Ol Din Shâh (1848-1896). aucun document ne peut attester de l’existence d’un système de dastgâh avant l’époque des Qâjârs.
Le système des dastgâh a été transmis par Ali Akbar Farâhâni (décédé vers 1860) à ses deux fils Mirzâ Abdollâh (1844-1919) et Aqâ Hoseyn Qoli (1845-1915).

Le gusheh (terme qui signifie littéralement angle, coin) est une courte séquence mélodique de moins de trois minutes qui constitue un élément du dastgâh et doit toujours être dans le même rapport modal que le dastgâh auquel elle appartient. Un dastgâh est donc un ensemble de gusheh qui ont une relation modale entre eux et qui sont rangés selon la hauteur des degrés de la gamme utilisée ; un dastgâh comporte toujours un gusheh d’ouverture darâmad basé sur le premier degré, un gusheh au plus haut degré owj et un gusheh de conclusion forud.

Le terme âvâz possède trois significations en musique ; son premier sens désigne le chant en général ; il désigne aussi une séquence mélodique non mesurée ; âvâz désigne enfin un petit dastgâh qui est en fait dérivé d’un dastgâh principal.

Le radif (terme qui signifie littéralement rangée, série) est un classement de mélodies avec un ordre fixé, dans un style bien particulier, c’est une sorte de protocole. Le radif désigne l’ensemble des douze (ou 14) dastgâh et âvâz, mais désigne aussi l’ordre dans lequel les gusheh doivent être joués Il existe plusieurs versions du radif qui n’ont apparemment guère de différences entre elles : nombre de gusheh dans le même dastgâh, ordre de rangement des gusheh ou encore goût personnel du maître ; chaque version du radif se personnalise par le nom du maître-musicien qui l’a créée ; par exemple, le radif de Mussâ Ma’rûfi (1907-1965) qui comporte 452 gusheh, ou le radif de Mirzâ Abdollâh rapporté par Esmâ’il Gharemâni qui comporte 230 gusheh, ou encore le radif de Abdollâh Davâmi (1891-1980) rapporté par Mahmud Karimi (1927-1984) qui inclut 167 gusheh. La première notation écrite du radif est le travail de Mehdi Qoli Hedâyat (1882-1955) qui tient sa source de Mehdi Solhi, meilleur élève de Mirzâ Abdollâh ; ce travail de notation a duré sept ans. La deuxième notation du radif est due au travail de Ali Naqi Vaziri (1887-1979) qui a transcrit pendant trois ans le radif de Aqâ Hoseyn Qoli ; malheureusement, cette dernière notation a été perdue (à l’exception du dastgâh-e chahârgâh par l’auteur lors de son séjour d’étude en Europe.
Sur l’avènement de ce classement si méthodique et si particulier à l’Iran, Bruno Nettl émet une hypothèse intéressante dans son livre The Radif of Persian Music ; Nettl pense que Mirzâ Abdollâh et les musiciens de l’époque connaissaient la musique occidentale, d’ailleurs Darvish Khân (1872-1926) et Vaziri ont tous deux étudié auprès de compositeurs occidentaux ; il est possible selon Nettl que ce système de dastgâh ait donc été inspiré par la méthodologie occidentale.

Leave a Reply