CONSERVATOIRE DES MUSIQUES SAVANTES DES PEUPLES MINORES

Projet proposé par Hassan Tabar au Conseil des Citoyens du 20ème arrondissement

INTRODUCTION

Il y a un a priori tenace en France tendant à faire accréditer que les peuples appelés, il y a peu encore, indigènes produisaient une seule musique populaire.
Cet a priori provenait surtout d’une impossibilité pour les occidentaux à entendre des musiques aux gammes non « tempérées ». Il a été levé en partie seulement, car la commercialisation des musiques du monde a grandement uniformisé le paysage sonore en gommant bien des spécificités, hélas.
L’une des grandes richesses de la France, de par son passé colonial et son pouvoir économique d’attraction, est de réunir sur son territoire une population nord-africaine, africaine, eurasienne et asiatique (dont tous les échantillons se trouvent représentés dans le 20ème arrondissement !) riche en potentialités non exploités par les autorités locales, car dépositaires d’un savoir musical exceptionnel et de qualité.
Il est éboueur nigérien, mais c’est un virtuose de la ghambri qui connaît des mélodies oubliées dans son propre pays sous le coup d’une industrialisation trop hâtive. Il est chauffeur au taxi coréen, silencieux et taciturne à son volant, mais à la maison, il pratique l’arirang, un chant savant dont il est le dernier représentant lignager.
Je vous ai donné là deux exemples tirés de mon bloc d’immeubles. Permettez-moi de me rajouter à la liste : je suis maître de santour iranien (cithare iranien sur table) et docteur en musicologie. Aussi, il y a des années que je pense à un tel projet et à la meilleure façon de le piloter.

LES GRANDES LIGNES DU PROJET

Mon projet consiste à réunir tous les les talents musicaux des horizons susmentionnés dans une association de sauvegarde et de transmission de ce patrimoine immatériel musical. Cette association doit avoir pignon sur rue dans un local proche par le tramway du Conservatoire de la Villette, afin de n’en pas faire un ghetto.
En effet, l’idéal serait de jeter les bases d’un partenariat de développement entre la Villette où les musiques savantes de l’Occident (avec ses répertoires de classiques, contemporains et issus du jazz) enseignées et le Conservatoire ambitionné par le présent projet.
L’échange des savoirs est en effet la clef d’une intégration réussie et d’une reconnaissance mutuelle. Dans cet esprit, la coopération est à prévoir sur la base d’un enrichissement réciproque : des praticiens de musiques savantes minorées apprendraient la pédagogies, et les amateurs d’expérimentations musicales s’initieraient à la pratique de nouveaux instruments pour eux, possiblement intégrés ensuite en orchestre.
Ce premier volet réalisé notre Conservatoire pourrait ouvrir concrètement ses portes en proposant à toutes les populations intéressées des apprentissages à ces musiques savantes d’ailleurs. En premier lieu, le public scolaire pourrait être concerné dans le cadre des nouvelles activités proposées dans les programmes pour élargir les horizons des écoliers.
Par la suite, et des concerts aidant, pas dans l’esprit purement patrimonial du Musée du Quai Branly, mais d’événements plus ancrés dans les calendriers des peuples concernés (car les musiques savantes sont souvent calendaires : ici des hymnes au retour du printemps, là à la venue de la saison des pluies), une synergie contribuerait à développer notre Conservatoire en pôle d’animation culturelle redonnant ses lettres de noblesse à bien des populations.

LES PRELIMINAIRES AU DISPOSITIF

– réquisitionner un local adéquat
– trouver une équipe multiculturelle des musiciens (l’idéal serait de prospecter dans les rangs des employés municipaux ou de l’état, afin que des horaires aménagés puissent leur être gracieusement mis à disposition en qualité d’artistes, et diminuer ainsi le coût de l’association)
– communiquer en destination du Conservatoire de la Villette qui ne pourrait se réjouir de cette entreprise, en ce sens que son enceinte est peu fréquentée par les populations issues de l’émigration et y gagnerait ainsi.
– sensibiliser les professeurs des écoles afin de s’appuyer sur leur réseau pour estimer le nombre d’élèves intéressés par ces acquis musicaux.

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